Communiqué du RUSF 69 : Ziyed, militant au RUSF 63, enfermé au centre de rétention de Lyon-St Exupéry

Publié le par SUD-Etudiant Lyon

(Communiqué de presse du Réseau Universités Sans Frontières 69.)
 
Ziyed, étudiant en 3ème année d’informatique à l’université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand, est
enfermé au Centre de Rétention Administrative (CRA) de Lyon-St Exupéry depuis le 17 mars. Son crime est
double : être un « sans-papiers », et s’être rebellé contre l’injustice de cette situation.

Ziyed a été arrêté à Clermont-Ferrand le 16 mars suite à la délivrance par la préfecture du Puy de
Dôme d’une Obligation de Quitter le Territoire Français (OQTF) à son encontre, en même temps qu’elle lui
refusait le renouvellement de son titre de séjour étudiant d’un an. Ce n’est pas la première fois que les
autorités préfectorales font de Ziyed un « sans papiers ». En 2008 déjà, un premier refus de titre avait entraîné
une OQTF. Motif invoqué par la préfecture : le caractère « réel et sérieux » des études menées par Ziyed
serait mis en doute, alors même que Ziyed est régulièrement inscrit à l’université. Une fois de plus, les
services préfectoraux se permettent de contredire une décision pédagogique de l’université. A
l’époque, un vice de procédure avait permis à Ziyed de sortir du centre de rétention et la préfecture avait été
contrainte de lui accorder un titre de séjour afin qu’il puisse poursuivre ses études.

Cette année, Ziyed se retrouve à nouveau pris dans la machine administrative à fabriquer des
« sans papiers ». Sa demande de renouvellement de titre annuelle a été rejetée, entraînant la délivrance
d’une nouvelle OQTF. Or les raisons invoquées par la préfecture sont les mêmes qu’en 2008, alors même que
Ziyed a validé son année. On est en droit de s’interroger sur les raisons d’un tel acharnement.

Tout d’abord, Ziyed, en tant qu’étudiant étranger, et comme tel obligé à chaque rentrée de faire
renouveler son titre de séjour, appartient à ce vivier de « sans papiers » potentiels dont disposent les
préfectures afin de remplir les quotas d’expulsions réclamés par la politique gouvernementale par
l’intermédiaire du « ministère de l’immigration et de l’identité nationale ». Quoi de plus simple en effet,
face à l’accroissement de la demande d’expulsions par l’Etat, et alors que les préfets ne remplissant
pas leurs quotas se voient convoqués au ministère pour réprimande, que de rendre des personnes
« expulsables » en refusant de manière arbitraire de renouveler leur titre de séjour ?

Mais il est des raisons tout aussi politiques à cet acharnement dont font preuve les services de la
préfecture à l’égard de Ziyed. En effet, Ziyed est à plus forte raison dans le viseur des autorités car il a choisi
de lutter contre l’injustice de cette situation.

Parallèlement à ses études, Ziyed milite au sein du RUSF/RESF 63 afin de venir en aide aux victimes
de cette politique injuste. Quelques jours avant son arrestation, il participait à un rassemblement de soutien à
deux étudiantes de nationalité marocaine et témoignait devant les caméras de la télévision régionale de son
propre passage par le centre de rétention de Lyon en 2008. Le 17 mars, soit le lendemain de son arrestation,
il devait participer à une rencontre dans le cadre de la Semaine de la Poésie de Clermont-Ferrand au cours de
laquelle il devait évoquer, au côté de l’écrivain Marie Cosnay, la situation d’étudiant et de personne sans
papiers.

Un activisme qui visiblement dérange, comme en témoignent les conditions de son arrestation : à la
veille de cette rencontre, alors qu’il se trouve dans le centre-ville de Clermont-Ferrand, Ziyed est brusquement
assailli par trois policiers en civil qui le plaquent contre un mur avant de lui passer les menottes. Ce n’est
qu’une fois ainsi entravé que les policiers prennent la peine de lui demander « Vous êtes bien Ziyed T. ? ».
Pour la forme seulement, car Ziyed découvrira à son arrivée au commissariat que sa photo circulait parmi les
policiers de la ville. Visiblement ce « sans papiers » trop remuant était devenu l’homme à abattre à Clermont-
Ferrand.

A peine Ziyed était-il arrêté que les autorités préfectorales se mettaient en action afin de l’expulser au
plus vite. Fort heureusement, son passeport s’avère être en cours de renouvellement, ce qui repousse la
procédure d’expulsion de quelques jours, le temps que le Consulat de Tunisie délivre un laissez-passer. D’ici
là, Ziyed devra patienter au Centre de Rétention Administrative de Lyon.

« Centre de Rétention Administrative », voilà le nom que l’on donne pudiquement à cette prison
pour étrangers où l’on enferme préventivement les personnes qui ont le malheur de ne pas avoir les
bons papiers, le bon coup de tampon. Dans cet amas de préfabriqués cerné de hautes clôtures barbelées
et de caméras, à quelques centaines de mètres des pistes de l’aéroport Saint-Exupéry, la « rétention » n’a
rien d’ « administrative » mais est en réalité une expérience on ne peut plus physique : enfermement,
promiscuité, puanteur, nourriture infecte que de nombreux retenus soupçonnent d'être « chargée » aux
tranquillisants afin d'annihiler toute combativité éventuelle… Une centaine d’hommes, de femmes, et même
d’enfants, à quatre par chambre, voire plus, attendent là une audience devant le Tribunal Admnistratif ou le
Juge des Libertés et de la Détention, et au final pour la plupart, leur expulsion, le tout au rythme des appels et
des comptages, sous l’oeil des agents de la Police aux Frontières (PAF).

Depuis l’arrestation de Ziyed, la solidarité s’est mise en place. Il bénéficie du soutien de ses
professeurs, qui attestent tous, contrairement aux dires de la préfecture, de son sérieux dans les études. Une
motion a été adoptée par le conseil d’administration de l’université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand
demandant solennellement à la préfecture du Puy de Dôme la régularisation de Ziyed afin qu’il puisse
poursuivre ses études sereinement. Ziyed est également soutenu par la mairie de Clermont-Ferrand, pour
laquelle il intervient depuis plusieurs années en tant que bénévole dans le quartier de La Gouttière (soutien
scolaire, cours d’informatique, animation culturelle,…) ainsi que par les membres de l’association « Amitié
Franco-Tunisienne » à laquelle il appartient. Samedi 20 mars, 300 personnes se sont rassemblées devant
la préfecture du Puy de Dôme pour réclamer la libération de Ziyed. Deux jours plus tôt, une délégation
d’enseignant-e-s de l’université Blaise Pascal a été reçue, mais s’est vue opposer une fin de non
recevoir.

Liberté pour Ziyed !

Une carte d’étudiant = Une carte de séjour

Fermeture des centres de rétention !

Liberté de circulation et d’installation pour toutes et tous !

 
Pétition pour la libération et la régularisation de Ziyed : http://www.educationsansfrontieres.org/article27017.html

Lettre écrite par Marie Cosnay : http://resf.rusf63.free.fr/spip.php?article143

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